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"Espaces croisés" - José Luche-Muncèles
"Téléscopages" - Valérie Gustav
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Espaces croisés
Fixant de nouvelles règles d’une ordonnance de lecture, le travail de Laurent Hélie
semble à la recherche d’une organisation secondaire. La transfiguration de ce projet élabore une sensualité progressive
à l’imagination décadente, dialoguant aux frontières de l’informe, transcription de la vie psychique dans la perception du réel.
Neutralisant le symbolisme du médium, cet ensemble hétérogène agit comme une proposition dont le point névralgique atomise l’espace
de représentation par un jeu de lignes discontinues et par un déplacement des masses. Le dualisme de cette contrainte impose une multitude
de points d’entrée à l’œuvre :
Tout d’abord par la lecture de niveaux qui en est faite :
Ainsi la notion de travail de contexte en creux, s’impose comme fondamentale d’une esthétique minimaliste, déjouant la juxtaposition des
iconographies hétéroclites. Une re-définition par les marges où la simplicité du concept prend toute son importance, fait basculer la
distanciation au quotidien dans un discours critique.
Mais dans un second temps, le sens nouveau constitué d’une cristallisation expérimentale nouvelle, privilégie un échange croisé de
propositions curatoriales. La relation à l’espace est alors conçue non pas uniquement à travers le prisme d’un principe d’action contextuelle
mais sous-entend implicitement l’élaboration d’un devenir programmatique laissant transpirer toutes les contradictions de l’enjeu.
Le procédé prend alors une ampleur inattendue par la finitude qu’il manifeste, ainsi que par son emprise au temps qui n’est plus de l’ordre de
l’expérience. Cet état factuel permanent augmente par la même occasion, le sentiment de « natura », tout en énonçant la facticité de ce qui
nous est donné à voir. L’usage de ce procédé aménage progressivement un nouvel espace mêlant réalité et fiction de façon de plus en plus
inextricable.
En s’emparant d’espaces psychiques que les mythes et signes portent en germe, la combinatoire éphémère qui nous est proposée
semble transfigurer ce que Roland Barthes appelle « l’endroit du ré enchantement ».
La persistance obsédante et régulière de composantes structurelles pénètre notre système de représentation, rencontrant alors une position
critique, parfois provocatrice suivant une amplification hétérogène des formes. Derrière leur apparence policée, ces représentations n’en
constituent pas moins une somme de réflexions de l’artiste autour de l’image, affirmant dans une présence faussement naïve toute réalité
matérielle. En stricte opposition aux codes normatifs des vanités contemporaines, la fragilité structurelle du domaine de création déroule
un assemblage de procédés plastiques liés à l’écoulement du temps. Fruits d’expérimentations issues d’univers traditionnels, on comprend que
ces résonateurs de pensées soient une interrogation rare et exigeante qui semblent vouloir nous entrainer dans un jeu de mise en scène théâtrale.
Par ailleurs la temporalité de la matérialisation picturale nous questionne indirectement sur la nécessité d’une confrontation permanente entre
notion de danger et image globalisante.
José Luche-Muncèles
Téléscopages
Dans un état constant d’interrogation, Laurent Hélie explore le vaste champ des incertitudes, entre l’instant où quelque chose émerge
et celui qui précède son extinction. Cet interstice aux nombreuses résonances donne naissance à des espaces colorés à dimensions
multiples où viennent se télescoper un vocabulaire de formes et de signes, sollicitant le regardeur. Ces combinaisons hétérogènes,
oscillant entre force conceptuelle et visuelle, entrainent un questionnement de ce que la peinture peut apporter comme champs de réflexion,
tout en offrant un point de vue silencieux sur la faillite des utopies.
Mêlant sans hiérarchie des éléments diverses issus de champs culturels et formels très variés, le travail plastique de L. Hélie
constitue un système combinatoire ouvert et en perpétuelle évolution, basé sur l’affirmation de la forme et la jubilation que procure
la création. Geste généreux qui s’adresse avec insistance aux méandres de nos interdits et de notre inconscient, dans une tentative de
saisir l’insaisissable, d’organiser le chaos, tel un champ illimité et mouvant de tous les possibles.
Valérie Gustav